Histoire d’un Cap Corse napolitain qui vogua à Capri

Je ne résiste pas à partager avec vous la superbe histoire de Crazy Wind suite aux échanges que j’ai récemment eu avec son constructeur italien « Michele ». Je n’ai pas retouché sa prose où l’on sent une pointe d’accent italien derrière chaque mot: absolument merveilleux 🙂 !

Bonjour Olivier, je suis désolé de répondre avec un tel retard, mais j’étais à l’île du Giglio et je n’avais pas accès à internet pour une semaine. 

Quel beau bateau, un violon parfait ! Tout est réuni dans les choses que nous aimons. J.J. Herbulot, avec ses projets ingénieux, a marqué le passage du bordage classique de la voile, à la modernité, avec des idées pratiques, mais poétiques, comme la forme inverse de son tonture qui se rapproche de la grâce des dauphins. 

J’ai aimé le Cap Corse depuis que je l’ai vu dans une publicité de Simba (Société Industrielle du Bois Moulé Amateur) dans le journal « Il Corriere della sera » [NDLR : en 1962]. Nous étions trois, moi Michele et mes cousins Bruno et Paolo et nous habitions à Posillipo une maison à Naples qui avait un assez grand garage. Nous étions tous des passionnés de voile et étudiants universitaires, en architecture, en médecine et en sciences politiques. J’avais vu la brochure Sibma qui proposait de construire un bateau à un prix vraiment abordable. C’était une possibilité d’avoir un vrai bateau habitable avec lequel faire des croisières. Pendant ces années un bateau classique de 9,50 mètres était un vrai grand yacht cher et nous aurions pu faire la même chose avec 5,90 mètres de bateau avec des couchettes et une cuisine. Une merveille !

Nous avions eu de la bonne volonté et de l’expérience en modélisation et bricolage. Nous avons mesuré l’espace disponible dans le garage et avons décidé d’acheter à Ernesto Q. de Turin, un Cap Corse en Kit. En septembre 1962, un camion plein de matériaux est arrivé chez nous : feuilles de contreplaqué, morceaux d’acajou, gouvernail, quille, dérive, … Nous nous attendions pour la coque à avoir des morceaux prédécoupés et à la place il y avait des plans 1/10. Il était nécessaire de rapporter les dessins au 1/1, de tracer les cloisons sur les feuilles de contreplaqué puis de tous les insérer. Heureusement, j’étudiais l’architecture et j’ai pu me débrouiller et l’enthousiasme nous a soutenu. Avec mes cousins ​​Bruno et Paolo B., nous avons travaillé avec beaucoup de joie pendant onze mois dans la soirée et les jours fériés. Les amis nous ont souvent aidé et tout au long de l’hiver nous avons travaillé sur cette coque qui prenait sa belle forme. Puis elle a été retournée et la coque a été peinte au pistolet avec de la peinture de carrosserie. Le chantier s’est terminé en août 1963. Seulement avec des outils à main, c’est ainsi que nous avons travaillé, nous avons mis des centaines de vis en laiton et nous avons étalé la résine comme du beurre sur le pain, en mettant le durcisseur sur le bois. Nous avons mis Crazy Wind l’eau à Mergellina et sur le moment avons trouvé une petite fuite d’eau au niveau de la dérive mobile (voir notre surprise sur la vidéo). Un accident minime par rapport à la grande joie de sentir le bateau flotter !

Nous avons navigué pendant six ou sept ans dans le Golfe entre Capri, Ischia et Procida. Le Cap Corse Crazy Wind était magnifique et tout le monde l’a aimé dans le Golfe. Je me souviens encore de la sensation magique de naviguer sur une créature vivante que nous connaissions jusqu’au plus petit clou. Elle allait léger et rapide et nous avons marché ensemble ou chacun son tour, des centaines de miles. Aucune réparation dans ces années-là, les manœuvres sur le pont étaient très simples et nous avions un FB Seagul aussi simple que le Cap Corse. Nous étions dans les années 68 et l’esprit du Cap Corse était en parfaite harmonie avec les vents de la simplification et de la modernité qui traversaient l’Europe. Après ces années de bonheur et étant tous hors de Naples pour le travail, nous avons donné Crazy Wind à un ami et je l’ai vu pour la dernière fois à Mergellina en 1976, c’était toujours aussi fascinant, même s’il avait changé de couleur. 

À Naples, il y a un système de grottes naturelles creusées dans le tuf, d’énormes grottes tout le long de la ville, où des centaines de bateaux sont placés dans les mois d’hiver. Peut-être, même aujourd’hui, après tant d’années, j’aime à croire que Crazy Wind repose là, ou continue même à naviguer dans le Golfe. Nous sommes restés en dehors de Naples et Bruno, mon compagnon d’aventure de ces années, vient malheureusement de nous quitter récemment et cette poignée de main pleine de satisfaction et de joie vu dans le film, reste mon plus cher souvenir de lui.

Ce fut une expérience formidable qui m’a beaucoup aidé dans ma profession d’architecte et même si j’ai eu beaucoup d’autres bateaux plus grands, les navigations avec le Cap Corse, restent un souvenir unique.

Cordialement Michele

Et ces magnifiques photos d’époque, rien que du bonheur !

Et la vidéo du transport avec la première mise à l’eau: Crazy Wind 1963 – Mergellina, Italie

@Michele: encore merci pour votre témoignage qui nous va droit au cœur 🙂 !!!

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